Journal d’un québécois au Cupula dos povos de Rio+20

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Un sommet de citoyens-nes dignes !

La fatigue me quitte, je peux donc mettre quelques mots sur l’expérience vécue à Rio de Janeiro lors du Sommet des Peuples, l’évènement qui a précédé la grande conférence des pays de l’ONU sur l’environnement, la nouvelle économie verte et le développement durable.

Le «Brésil est très grand, nous le comparons facilement avec l’étendue du Canada, Rio est une grande ville L'entrée à Ouro Preto donne sur le centre-villeaussi avec ses 6 millions d’habitants, qui parlent vite…le portugais. Heureusement une bonne base d’espagnol et quelques cours avant le départ m’ont aidé à me faire comprendre dans un portugnol local. Je suis arrivé pour quelques jours de vacances avant le 15 juin, jour d’ouverture du Sommet. Un train de nuit m’a mené de Rio à Ouro Preto, à 450 kms, dans le Minas Gerais, l’état de l’exploration et de la production coloniale de minéraux précieux et non les moindres: agathe, améthyste, quartz, émeraude, fer, cuivre, alguemarine, topaz. La ville est en montagne, et l’air y est bon. Les jeunes sont nombreux, il y en a partout, c’est fabuleux, comparé au Québec vieillissant. L’éducation y est gratuite et obligatoire jusque l’âge de 16 ans. Les gens sont d’une grande gentillesse et très accueillants envers nous, que ce soit en portugais, en espagnol ou dans un beau mélange pas toujours compréhensible !

À l’université, fédérale, une grande partie des étudiants sont en grève, et on en entendra parler davantage à Rio lors des rencontres qui ont eu lieu devant l’hotel du PM Charest, en visite à Rio pour le Plan Nord, j’y reviendrai !

Après quelques visites dans les environs, dans un parc sauvage et dans les minces ruelles de cette ville scolaire et qui semble somme toute plutôt riche, je rentrerai de nuit, par autobus encore, sur 7 heures de trajet ! Inutile de dire que nous arriverons très en forme le lendemain !

Le vendredi 15 juin, la ville de Rio est fébrile, le Sommet des Peuples s’organise dans l’ Aterro de Flamengo, pour accueillir quelques milliers de participants; c’est du moins ce qui est dans l’air. Et ce ne sera pas démenti ! Au fil des jours de la semaine, les ateliers se sont succédés, plus de 850 à ce qui est dit, des activités de plénières et 3 grandes assemblées des peuples qui sont des moments uniques. Les québécois-es sont environ 200 ici, alors que nous sommes entourés de brésiliens, de personnes autochtones, d’espagnols des autres pays de l’Amérique du sud: Équateur, Colombie, Bolivie, Paraguayens, Uruguayens; des européens, en vacances ou venus pour les circonstances, mais peu des Etats-Unis et du Canada anglais.  Le soutien à la Terre... Où sont-ils, les canadiens de mon pays ? Ne sont-ils pas préoccupés comme beaucoup par le sort réservée à notre type d’économie et à ses effets sur la planète ?

–>Cette Terre, soutenue par quelques personnes qui doivent se relayer continuellement pour qu’elle ne tombe pas! Sans faute !

Les gens savent bien que nous consommons trop et que la nouvelle économie proposée par les 193 pays membres de l’ONU présents dans le secteur de Rio Centro (à 40 kms du centre de la ville de Rio) ne tient pas compte des peurs et des effets de ce développement qui n’a rien de durable. Et c’est en se promenant dans cet espace, aménagé de façon à permettre à tout un chacun d’exprimer autant ses talents, que ses craintes pour les générations à venir et pour l’environnement. Équiterre, le groupe d’Économie solidaire du Québec, les personnes autochtones de la FAQ, l’AQOCI, l’Association de lutte à la pollution atmosphérique, le Centre québécois de développement durable, UNI-Alter, les jeunes des YMCA, Alternatives, et j’en passe, sont tous là pour lancer le cri d’alarme: « Hé ! Alerta, alerta « ; qui l’entendra ?

Au parc de Flamengo, les sons et les paroles sont très différents de ceux de Rio Centro où les discussions semblent sourdes aux échos des peuples. Qu’à cela ne tienne, nous irons faire nous-mêmes nos messages, au moins devant notre premier ministre, à Copacabana. Mais d’abord, nous tiendrons un atelier auto-organisé le 18 juin sur ‘Les autochtones et les effets de l’industrie extractive, le cas du Plan Nord’ en après-midi. Quelle journée ! C’est devant plus de 90 personnes que les présentations se sont déroulées, ainsi qu’une activité de synthèse sur ce dont les personnes veulent que l’on tienne compte dans le développement et ce qu’il faut éviter. Le matin, plusieurs québécois-es étaient devant l’hôtel de monsieur Charest pour souligner un désaccord complet avec la position de promotion du plan Nord comme un ‘projet de développement durable’. Pour plusieurs, l’expérience était…intéressante; pour les autres, un compte-rendu était suffisant. Beaucoup seront déçus de cette rencontre internationale 20 ans après le sommet de la terre de Rio en 1992, date à laquelle, les scientifiques du monde entier parlaient de la perte de la bio-diversité qui s’amorçait. Les journaux locaux en font état (www.oglobo.org) et chez nous, au Québec, les communiqués de presse vont dénoncer les positions autant québécoises que canadiennes (Le Devoir des 15, 18, 20, 23 juin; et La Presse dans la même semaine).

Les ateliers couvrent tous les sujets qui sont les lèvres des habitants-es terriens-nes du monde, la souveraineté alimentaire, plus actuelle que jamais, les effets des industries minières, gazières, pétrolières et diamantaires, plus dévastateurs que jamais, les injustices sociales vis-à-vis des manifestations dénonciatrices, criminalisées comme toujours il faut le dire, et l’hégémonie encore toute puissante des entreprises multinationales et des institutions financières, avec le support des chefs d’état de ce monde. L’économie telle qu’on la connaît est sans limite.

Graph à Rio, juin 2012.

D’où l’importance de crier haut, fort et nombreux la position citoyenne du ‘Jà Basta! Assez, c’est assez !’ Si déjà de nombreux témoignages de maladies, d’infections et de troubles physiologiques divers ont été diffusés face aux effets d’un développement effréné (dixit Ricardo Petrella, Hervé Kempf, Serge Mongeau), cela ne semble pas assez pour les élus et leurs sbires nationaux  qui ont des amis fortunés. Mais que restera-t-il aux peuples des îles, aux petits marchands de sable et de semences, aux esprits non-consommateurs, aux artistes plus pauvres que Job, pour leur ‘bien vivir y buen estar‘.

Parmi les moments forts de mon périple, les grandes assemblées, les trois, des mercredi-jeudi-vendredi PM, là où sont concentrées les paroles de.  la semaine, là où la convergence et les idées naissent pour un futur plus juste pour tous.  Et c’est là aussi que les participant-es québécois-es ont crié le plus fort ! à l’assemblée du vendredi midi, après une marche aux casseroles sur le sentier des arts du sommet des peuples. nous nous sommes lancés vers la place centrale, près de la scène principale où les paroles fusaient contre l’exploitation. Accompagnés d’étudiants brésiliens-nes, nous étions une cinquantaine à traverser la grand place pour arriver au moment M, devant la foule du terre-plein, qui a vu en direct sur les écrans géants, la couleur du drapeau du Québec…et des carrés…rouges ! Devant la grand place de la 3e assemblée, vendredi, 22 juin 2012. Merveilleux !

Au début, l’ idée folle de traverser le centre de l’assemblée semblait téméraire, mais après quelques consultations, elle devenait un geste militant et solidaire, d’abord pour les brésiliens avec qui nous sentons des affinités qui ne datent pas d’hier. Et aussi pour les étudiants universitaires du Brésil qui entreprennent un mouvement nouveau au Brésil. D’ailleurs ceux-ci avaient accompagnés les québécois la veille au rendez-vous symbolique du lieu où le premier ministre recevait pour une deuxième fois les membres de la société civile québécoise. Contrairement aux aspects de la sécurité civile, de l’économie des biens et services, les injustices n’ont pas de frontières  ! L’assemblée du 21 juin clamait  »Tomorrow, it’s going to be too late »,  »Nao a lo quem econimia, united people not to be ignored ». Ces mots résonnent depuis 5 jours ici sur le site, mais bien avant, ils étaient de nombreuses bouches, car la marchandisation des biens communs de la planète n’a pas attendu la conférence des grands du monde pour s’étendre.  La 3è et grande assemblée clamait tout aussi fort; ‘‘For some rural and urban property; against green economy, against the effect of climate changes; for greater meetings of people before a desaster !’‘, comme quoi le monde, même dans cette rencontre internationale un peu festive, n’a pas le coeur à rire.

Les québécois se sont fait un devoir de répliquer à la conférence de Rio, tenue plus loin, en publiant 4 communiqués de presse qu’ils ont fait parvenir à Montréal et dans les réseaux sociaux de chacun-chacune. Comme une traînée de poudre, la société civile a fait son chemin du sud au nord et en ce sens, la convergence des idées et des peuples est plus qu’internationale, elle est transnationale; une bonne nouvelle pour les mouvements de citoyens du monde ! Et ce contexte de conférence politique à proximité, particulier et unique pour nous, a contribué aux expressions populaires des participants au sommet. En effet, comment ne pas réagir à une présence indésirable de nos politiciens qui ont la bouche un peu sèche de répéter la même cassette sur une scène où se jouent tant de drames humains. À voir les jeunes d’aujourd’hui dans la rue, ici et ailleurs, les hommes, femmes de ce monde n’ont pas dit leurs derniers mots !

Les organisations locales environnementalistes et de justice sociale, en très grand nombre pour ce moment Sommet de la Terre (comme en 1972 et en 1992) demeurent quand même sceptiques sur la suite de la rencontre des pays.  Surtout que depuis plus de 30 ans, les alarmes sonnent partout sur les déséquilibres climatiques qui affectent des régions entières: ouragans nombreux, tremblements de terre, cyclones, sécheresses, inondations, disparition des espèces dans les eaux, et sur la terre, bref, les effets de ces changements, dus aux activités humaines de grande envergure commencent à être plus nombreux et plus intenses (PNUD, IBON, GRAP, GIREC, etc). Il aura fallu 40 ans et la commission Bruntland pour introduire le concept de développement durable, il en faudra sans doute autant pour apprendre à l’appliquer. Les générations à venir auront fort à faire pour maintenir leur survie sans tomber dans le piège de l’égoïsme du chacun pour soi ! De retour chez moi, j’hésite à dépenser…je vais prendre soin de mes plantes qui ont souffert un peu de mon absence, un peu de balconville me fera du bien.

Até logo Rio e los povos bresileiros e do mundo ! Obrigado por todo !

 

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