Archives de Catégorie: Journaux de bord

des éléments chronologiques.

Des chandelles pour le printemps

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Nous sommes en avril, le 5 pour être plus précis. La pluie froide nous innonde et bientôt, elle gèlera sur tous les paysages.

Le soir, le courant tombe sur tout le territoire du Québec; en fin de journée, nous serons plus de 1,2 million de foyers dans le noir. C’est à la fois beau et dramatique.

Nous sommes dans une société développée, mais dame Nature n’a que faire de nos prétentions à vouloir tout prévoir; nous apprenons à vivre sans courant et sans technologies, dans une sorte d’inconfort à redécouvrir.

Après trois jours, nous avions l’électricité surtout à Montréal, à 50%; en région c’était plus autour de 25-30%. Les représentants officiles nous prédisaient tous les jours ‘des jours meilleurs très bientôt’. Les gens sont impatients et ils en demandent toujours davantage; on peut comprendre cela, sauf qu’il n’y aura pas de miracles.

La pluie recouvre tout, tout tout autour, de 8 à 15 cm de glace, les arbres craquent, des branches tombent, sur les trottoirs, les autos, les bordures de toitures, coupant les fils électriques et ceux qui transmettent l’internet. Les 3 premiers soirs, des pâtés de maison dans l’obscurité, des feux de circulatuion éteints, des immeubles qui deviennent invisibles, nous revenons à l’ère du feu.

Il ne fait pas si froid, nous sommes en avril après tout, mais c’est humide, chez moi et chez tous. le vendredi, 2 jours plus tard, le soleil a tout fait fondre, plus de glace, et là nous voyons les nombreux dégâts, à ramasser dans les semaines à venir.

Nous nous rappellerons: les chandelles, les douillettes, certains feux de bois, des incidents dûs au gaz, deux décès. Mais rien de comparable avec les pannes de janvier 1998; l’Évènement avait duré 25-30 jours !

De 2012 à Rio de Janeiro+20, le Sommet des peuples.

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Juin 2022.- Nous étions des centaines, des milliers à converger vers le Parque de Flamengo, Praia de Flamengo, près du quartier de Catete, en délégation de découverte et de participation au Sommet des Peuples de Rio+20 au Brésil, du 15 au 23 juin 2012. Il y a 10 ans, c’était aussi la conférence des Nations Unies sur le Développement durable. Un 3 ème grand rendez-vous sur la bio-diversité et le développement durable ‘nouvelle mouture’. Le thème portait sur la ‘Nouvelle économie verte’, une expression dont on se souvient aujourd’hui encore, mais pas pour de bonnes raisons.

Nous voulions être là, nous devions être là, avec les habitants des communautés du Brésil. Un pays relativement bien positionné à l’échelle mondiale et dont le gouvernement cherche tout de même à exploiter ses richesses naturelles: dont celles de l’Amazonie. 

Nous étions 350 du Québec parmi les 55,000 participant.e.s. venus de nombreux pays du monde. Les syndicats, les écologistes, les éco-féministes, les militant.e.s. porteuses de voix locales. Près de la mer, le long du parc, des centaines de chapiteaux, au milieu des arbres, des étangs, à proximité du fameux -pain de sucre-. Nous étions, et moi inclus, devenus des éco-anxieux. Car, depuis la 1ère conférence de Stockholm de 1972, puis le grand sommet de la terre sur la bio-diversité de Rio 1992, il y a de quoi être apeuré. Durant toute la semaine du 15 au juin, j’ai arpenté les rues tout autour, les yeux écarquillés devant les couleurs de la ville, dans les parc, sur la vie nocturne animée, dans quelques lieux symboliques, à l’écoute de ce qui se tramait, entre la vie quotidienne et l’angoisse d’un futur indéterminé. Bien sûr, pour une première, c’en était toute une ! Entre les soupers de contact, les rencontres d’échange multi-langages, les textes à préparer pour Montréal, et une visite surprise avec les groupes syndicaux, à 40 kms de là, là où avait lieu la conférence des chefs d’état de la Conférence, après être passé par l’hôtel où était hébergé notre 1er ministre Jean Charest.

Les mots inspirants ne manquaient pas, les découvertes de la ville non plus. Comme l’escalier du célèbre artiste Sélaron, le Musée national de Rio, les arbres et les plantes du Parque de Flamingo, le fameux Cristo Redentor perché sur la colline surplombant Rio. 

Et surtout ! les artistes, les militant.e.s. qui luttent pour leur environnement, comme chez nous du reste, avec vigueur et ténacité, sur les bords de la plage, entre les arbres, avec toiles, peinture et slogans, témoignages vibrants des réalités locales, au Brésil mais aussi au Pérou, en Bolivie, en Équateur, au Mexique (etc). Tous les jours, des groupes marchaient en groupe autour du parc, tantôt des femmes pour la protection des océans, tantôt des autochtones de diverses communautés pour leur territoire -loin en Amazonie, là où ont eu lieu des forums sociaux, à Belem en 2009 entre autres- . 

Et pour la suite !

Les enjeux soulevés lors de ces rencontres touchaient les migrations forcés, les changements climatiques et leurs impacts, l’autonomie des peuples et de leurs territoires ancestraux, la violence sociale sur les femmes et les enfants, la destruction des animaux de la faune, l’exploitation des travailleurs migrants, le capitalisme moderne toujours puissant, le patriarcat dominant, entre autres. Ces enjeux sont encore toujours d’actualité.

Depuis ces années, on peut suivre les suites de ces grands mouvements, les mobilisations populaires ont fait des petites et grandes vagues, toutes aussi importantes les unes que les autres; on peut penser, ici aux:

  • Mouvement Elan global:
  • les Altermondialistes
  • aux grèves étudiantes depuis le geste de la jeune Greta Thurnberg en Suède, en 2019 :
  • aux forums sociaux locaux: au Saguenay, à Sherbrooke, en Outaouais, à Joliette:
  • au Forum social mondial-Montréal en août 2016:
  • aux autres forums mondiaux: dont la Tunisie en 2013 et 2015, le Mexique en mai’2022 
  • Au collectif Transition juste en 2021
  • Et toutes les initiatives en agriculture urbaine dans les villes du Québec, dans les quartiers, dans les ruelles.
  • Les actions de reconnaissance et de dialogue des Peuples autochtones, de leurs cultures, de leurs revendications et de leurs souffrances passées.
  • L’implication des syndicats dans les alliances internationales avec les travailleur-euses migrant-e-s et dans les milieux d’exploitation.
  • Les mouvements étudiants des écoles, des collèges, des universités pour soutenir les luttes des femmes, les nouvelles solidarités locales et nationales,
  • et tant d’autres…

Les ondes, lentes et vibrantes, de ce genre d’événement se sont répercuté en grand nombre, sur tous les continents, certaines sont plus visibles que d’autres. Aujourd’hui, les ‘fourmis’ dont Chico Whitaker (du Brésil) a souvent parlé -pour piquer Goliath- sont à l’oeuvre, chacune ou par colonie, dans tous les aspects de la vie sur la planète, et souvent là où leur vie est en danger. Mais nous sommes toujours là, et les jeunes générations sont là pour témoigner de la colère qui gronde.

  • En guise de références, on peut consulter et lire : Journal Alternatives, rabble.ca, wsf2012, certains site en espagnol et en portugais, des encarts dans Le Devoir, La Presse et autres quotidiens locaux au Québec.

Au passage, je salue les gens du YMCA Centre-ville de Montréal qui m’ont permis cette exploration terrestre dans un pays lointain et les altermondialistes et militant.e.s. d’ici et d’ailleurs qui luttent pour les droits humains et ceux de la planète.

Saludo ! Kwé !

https://www.ledevoir.com/environnement/352859/sommet-des-peuples-pour-poursuivre-la-lutte-en-faveur-d-une-justice-sociale-et-environnementale

Sources: https://www.pressegauche.org/DELEGATION-QUEBECOISE-AU-SOMMET-DES-PEUPLES-DE-RIO-20-17-JUIN-2012

Des explorateurs en Espagne et en France: traces d’humanité 2017

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Les pas vont, les bras forcent, les historiens s’affairent, les travailleurs construisent, les autres encouragent. Les hommes poursuivent leur bonheur au gré des promenades européennes, des sourires discrets, des paroles échangées par petits et grands moments de bonheur. L’inconnu et l’étrange m’attirent toujours ! Là où je peux être inconnu sans être complètement étranger.

En liberté ! Dans une région du nord-ouest de l’Espagne, les rias de Pontevedra, de Vigo et de Santiago entrent dans la terre sur plusieurs kilomètres, là où se succèdent en harmonie ville, villages, ports de pêche, pont en arche, port commercial, culture des moules, voiliers, traversiers et randonneurs ponctuels. Les randonnées se sont succédées sur les côtes, entre ces ports de pêche où les moules sont cultivés dans de vastes lagunes, les ‘horreos’ où l’on conserve la nourriture et les villages anciens où les pierres sont le signe des établissements  des hommes il y a des siècles. La région est castillane, à ne pas confondre avec la Catalogne de l’est de l’Espagne. Les rues se pointent en étoile vers les grandes places centrales où se confondent habitants, touristes, voyageurs d’un jour. Le temps est plus clément que chez moi, quand le thermomètre indiquait 8C la nuit et 12C le jour, en mai. Les vacances débutent…

près de Vigo, Espagne, 2017

À Santiago de Compostelle: A quelques kilomètres de Pontevedra, la ville des croisements de chemins nus qu’empruntent les pèlerins du sud, du sud-est, du centre-est et du centre-nord de l’Espagne pour parvenir à ce lieu mythique de rencontre. Au centre de la ville, pas très grande, déjà et même un peu avant la haute saison, des pèlerins marcheurs s’activent près de l’église. Le soleil est radieux, mes yeux s’ouvrent grand de toutes les beautés anciennes, aux couleurs d’ocre jaune, de terre de sienne, de gris-brunâtre, de vert vif; les verdures prennent vie sur la façade la cathédrale de Saint-Jacques, là où repose la tombe, très visitée ! de Santiago (Saint-Jacques, apôtre). De Pontevedra, nous nous promènerons avec un bon ami, le long des côtes ouest vers le nord en contournant les ‘rias’, ces grandes baies entrant dans les terres, puis Cambados, Arousa, Sensenxo… Nous stopperons dans les petits villages où des vestiges anciens disent l’histoire. C’est lors du passage dans l’une de ces baies que nous voyons le géant ‘Queen Elizabeth’, en arrêt à Vigo; le géant de la mer jusqu’à peu temps.

La cathédrale de Santiago. Espagne, 2017.

Nous avons marché ainsi  jusqu’à la pause café en écoutant de loin la procession festive (à Santiago) qui démarre. Après demain, nous prendrons la route vers Barcelone, avec quelques arrêts, et nous verrons tout le long de l »autopista’, les pèlerins qui ont prit la route française vers Compostelle. Ce chemin de 850 kms suit la route du nord d’est en ouest et prévoit des arrêts, souvent près d’une fontaine, près du centre du village, où souvent près de la place publique (civique). Je m’imprègne d’une histoire que je connais à peine, mais heureusement, la langue me permet d’apprécier quelques accents toniques bien spécifiques.

De retour à Pontevedra, nous faisons le point sur notre fatigue, mais aussi sur le bonheur de ces sites explorés, côté mer et côté terre. Apéro, sandwichs aux saveurs locales, café negro ou corto font le délice de nos estomacs. Je nourris ma mémoire de ces découvertes de la planète et de ses habitants; un délice pour les sens !

 

Trois jours plus tard, en route vers Burgos, mes pieds suivent ceux du copain qui me reçoit dans son pays et mes yeux toujours ouverts devant les monuments, les chapelles, les façades, les colonnes qui ont pris l’âge des communautés en peuplement. Tout le long,  le sentier ‘français’ du chemin de Compostelle est marqué d’une coquille st-jacques sur le sol, où se repèrent les pèlerins, femmes et hommes en bottines garnies; mais le gros de la saison des marcheurs est plus tard. Cette route longue a quelque chose dans l’âme.

Cathédrale de Burgos.

Entre Burgos et Saragosa, la route s’enfuit sous  un paysage changeant;  la terre devient gris-blanc- calcaire, et c’est là que le bon vin est cultivé: le Ribera en fait partie. Le paysage est lunaire, désertique et aride; et là, les collines sont amassées en gros tas de pierres blanches de 10 à 20 m. de haut et de petits arbustes y poussent. Nous sommes à moins de 300 kms de Barcelone vers l’est…le soleil est toujours le bienvenu. Nous arriverons bientôt vers la grande cité catalane.

Barcelone: La ville des jeux de 1992, si grande, si diversifiée et cosmopolite, entre la plage du sud, les installations olympiques restantes et les stades de foot, les temples et églises centenaires, le Montjuic d’où l’on voit l’Est.  Enfin, après la route, on y arrive, 850 kms plus tard. Wow, quelle belle architecture, mais j’y reviendrai, car pour l’instant, à 30C, se mettre les pieds dans l’eau de la Méditerranée serait vraiment chouette, pour une première fois.

Le port immense de Barcelone.

La promenade début avec le monument à voir: le temple d’expiation de la Sagrada familia, une oeuvre architecturale inachevée, débutée par Gaudi, ingénieur et céramiste. C’est si grand qu’il faudrait plusieurs jours pour en contempler le détail des superpositions réalisées dans le temps. Autour, les files sont longues pour y entrer.

En fin de journée, l’auto nous conduit (sic) au Montjuic, du haut duquel nous avons une vue imprenable sur la largeur du port de la ville: une partie pour les paquebots, une autre pour les bateaux de pêche, une troisième pour les voiliers et plaisanciers et les jardins sont éclatants de plantes et de fleurs que je ne connais pas. Tout pour les yeux !

De Barcelone à Nîmes. Le bus est très abordable pour faire ces 350 kms et passer la ‘frontera’, on n’est pas pressés, et la chauffeure non plus: 7 heures pour faire ce trajet, en frôlant les Pyrénées ! C’est quand même bien ces petits arrêts qui me permettent de sentir les villes en aval, et de voir un superbe couvert de nuage bleu foncé sur une plaine verte en passant Perpignan, un orage se prépare !

Village dans le Luberon

De Nîmes à Ansouis. Mes cousines viennent me chercher au terminus (introuvable !) de Nîmes, côté sud, où personne ne va jamais (;-). Depuis les années 80-90, elles ont toutes migré vers le sud. On a fait un arrêt sympa chez un grand oncle de la famille. Depuis près de 40 ans, il m’a reconnu, quelle mémoire à 92 ans. Cela m’a replongé dans un temps lointain: une époque d’adolescence au moment où les contradictions de la vie sont au plus fort. Depuis, cette famille avait déménagé dans le sud du pays, autour de Clarensac, les cousins d’abord, puis le père, puis les quatre cousines ont suivi, à Marseille, Port-de-bouc, Aix en Provence et le Luberon. La vie a reprit de plus belle dans ces très belles régions. Leurs enfants marquent ce temps qui s’est écoulé et le voyage m’apprend le pays lointain de mes parents. Le séjour n’a duré que 36 heures, pas assez pour tout voir et tout comprendre, mais j’ai rendez-vous sur Paris pour une visite en très bonne compagnie !

Paris, la ville de lumière.

Des arts, des façades, des tours illuminés, des pontons éclairés, des nuits en mouvements, des artistes et des touristes, bref, après la nature, on se retrouve dans une vie trépidante comme nul par ailleurs. Un séjour de cinq jours est bien peu mais nous y avons trouvé les découvertes souhaitées. D’abord avec un petit studio dans le XIVè arrondissement, à deux pas du métro-Denfert-Rochereau, à quelques pas de tout. Tous les jours, nous laissons nos traces de quelques kilomètres le long de la Seine et de ses ponts, l’île Notre-Dame, les grandes avenues et les boutiques de plus en plus anciennes; c’est grandiose et éclatant pour les yeux ! Quel bonheur de faire ce trajet plutôt spontané avec ma copine. A notre arrivé, le temps se réchauffe jusqu’à 28C avec un soleil de plomb, mais le diesel deviendra un peu étouffant avec les jours. Il vaut mieux en profiter maintenant, même avec les foules de touristes qui se forment. Donc, dans le désordre: les Jardins du Luxembourg, le cimetière du Montparnasse, l’Université de la Sorbonne, l’église Saint-germain, le mont du Sacré-coeur, le jardin des Tuileries, le quai d’Orsay, la tour Saint-Jacques, Place de la Concorde, le musée de l’Armée. Avec, bien sûr, les arrêts-clé de ‘digestion’ et repos des pieds, dans les cafés convoités, et plus cherrant qu’en Espagne (3,40E à 5E le kaf !). Le temps passe vite et voici le moment de dire ‘au revoir’ au petit studio qui a été notre nid durant 5 jours. Ce retour aux sources m’a apaisé et je sens que le contact des racines fera grandir l’arbre dont j’avais un peu oublié la présence ! Vamos a la casa, comme on dit. ‘Le voyage en valait le café’ ! Merci la Vie !

 

Les découvertes au FSM2016 de Montréal (9 au 14 août 2016)

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Le forum social mondial 2016 de Montréal s’est terminé lors du grand rassemblement civil au parc Jarry le 13 août 2016, et le parcours pour y arriver était intense et combien stimulant !

Depuis le début de l’idée jusqu’au jour J, la nervosité et les défis nous guettaient. Le travail acharné des organisations, des membres des comités autogérés, des 1000 bénévoles et des groupes de travail, soutenus par l’équipe de permanence, aura abouti à ce grand événement international dans le nord de l’hémisphère Nord à l’été 2016, un défi réalisé non sans peine et avec enthousiasme !

Le forum social mondial de 2016, un pas à la fois ! 

Au jour 2, le mardi 9 août, je me trouve à oeuvrer pour la -documentation du fsm- et donc, je prépare un plan de promenade sur le territoire social mondial (TSM) qui me mènera vers des découvertes comme si j’allais au sud dans un espace inconnu, ici dans l’une des grandes villes du nord. C’est sans doute une bonne approche pour se laisser surprendre au-delà des obstacles et des critiques nuisibles au FSM qui ont débuté au même moment.

La marche du jour 1, le 9 août.

La marche du jour 1, le 9 août.

La marche d’ouverture du mardi 9 août a rassemblé des milliers de participant-e-s et d’organisations sociales et communautaires sur le trajet, quittant le parc Lafontaine jusqu’à la Place des Festivals au son des tambours, des sifflets, des slogans et des bannières aux couleurs des groupes présents qui deviennent de plus en plus significatives avec le temps et sur des revendications en cours ici et ailleurs.

Au fil des promenades solidaires et

après trois ans de planification, le premier forum social mondial (FSM) au Nord est devenu une réalité ici au Québec, pour six jours, un exploit en soi ! L’organisation complexe et avec peu de ressources a tenu une belle promesse, après une germination de 5 ans. L’idée a fait son chemin dans la réalité.

Avant le jour 1, on s'active

Avant le jour 1, on s’active à l’Esplanade, 9/08/16

A l’esplanade Clark, on découvrait les espaces pour les jeunes avec les groupes œuvrant en coopération et en solidarité internationale, avec, au centre, une scène qui accueillait les expressions musicales et artistiques spontanées. Ils seront nombreux à s’y arrêter, nouveaux venus ou anciens participant-es des divers programmes qui existent au Québec afin d’y découvrir le vaste monde diversifié, ses peuples, ses cultures que tous veulent conserver. L’AQOCI, OXFAM, les Maisons de jeunes, les groupes de Scouts, les groupes et hébergements de femmes, les groupes en petite enfance, tous ont moussé la curiosité et stimulé l’échange entre les jeunes esprits en quête de sens et d’espoir. Les découvertes s’ouvrent à chacun-chacune au moment d’y mettre les pieds, sur le large territoire social mondial, appelé ainsi en raison de la multitude des groupes d’âge, des pays qui s’y trouvent et où les ‘alternautes’ -un terme qui désigne une grande partie de la population civile qui compose le vaste monde des indignés, des engagés, des enragés, de défenseurs d’une humanité en péril- s’impliquent dans la diversité des luttes et la défense des droits humains dans le monde.

PISTE, la Banque des serments de la Suisse.

PISTE, la Banque des serments de la Suisse.

Ici tout près, sur un immense mur, côté ouest de cet espace, on a trouvé PISTE, venu de Suisse pour capter les ‘paroles’ du moment : des serments d’engagements et des images cernant justement l’engagement citoyen de chacun-e envers les autres. Adossé à un mur donc, je m’engageais à mon tour devant la camera de Frank, les yeux un peu cernés de fatigue, à parler de celles et de ceux qui s’engagent au quotidien dans leur environnement, dans leur milieu, pour rendre compte de leurs actions selon l’adage ‘’Penser globalement et agir localement’’.

Les traces de pas se multiplient… les participants se promènent de surprise en surprise ! Au long de ce parcours fsm, on croise les bénévoles engagé-es et leur super système D développé et mis à rude épreuve cette semaine là: ils se sont retournés rapidement de situations problématiques en cours de route et ont montré le meilleur d’elles-eux mêmes, toutes dévouées au bon fonctionnement  de ce projet au départ irréel : les bonnes énergies des Jacqueline, Geneviève, Annie, Isabelle, Denise, Marie-Josée, Samia, Marie-Laure, Monika, et des François, Samuel, Roger, Étienne, Patrick, Jean, Vincent, Ludovic, Pierre et Pierre, Marie-Eve, Jean-Guy, Tanya, Jessica, Marie-Pascale, Dona, déployées tout azimut et au diapason des rythmes variables de la planète forum.

L'inscription au pavillon Judith Jasmin et les bénévoles.

L’inscription au pavillon Judith Jasmin et les bénévoles.

Mes pieds fonçent…ils chauffent ! Là, on sent la mobilisation des femmes, importante, pleine et expressive. On ne pouvait que l’espérer et la souhaiter, l’implication des femmes dans les changements sociaux est essentielle par leurs actions et leurs réflexions sur la justice sociale et la justice climatique entre autres; elles portent des messages qui sommeillent en nous, au sein de toutes les communautés de la planète.

La présence des groupes et des peuples Autochtones au Québec, au Canada, en Amérique latine était aussi significative: venus dénoncer haut et fort les conséquences de l’extractivisme sur leurs terres, dans les eaux de leurs communautés, ils nous invitaient à la réconciliation après des décennies d’exclusion et de marginalisation, et appelaient à la protection de la Tierra Madre, en changeant un tantinet nos mentalités ‘de colonisateur’ ! Merci Joseph ! pour les paroles sensées qui nous ramènent dans la vie.

Marche des travailleurs ici au Québec.

Marche des travailleurs ici au Québec.

Un autre jour, près de l’UQAM, les travailleurs-euses (et ceux et celles qui n’ont pas de travail comme tel) étaient bien présents aussi dans l’espace du Quartier ouvrier où les militants syndicaux ont agi pour leurs causes. Et elles ne manquent pas, ici comme ailleurs ! Car le monde du travail a subi de nombreuses et bouleversantes transformations depuis les 30 dernières années, et celles-ceux qui les vivent depuis toutes ces années continuent à lutter debout dans des contextes de ‘négociations formelles’ difficiles, de coupures d’emplois, de restrictions d’association, de réductions de salaires, d’horaires précaires, pour ne nommer que celles-ci. Les citoyen-nes travailleurs-euses voient ainsi les services de l’État fondre au profit d’un autre type de services, privés ceux-là, et ils tentent de porter haut et fort ces enjeux qui affectent les personnes dans le monde du travail et des services publics dans un contexte de mondialisation commerciale qui en excluent un grand nombre. La transition socio-économique mondiale envisagée est beaucoup moins juste qu’espérée et laissent les hommes ‘perdants’ dans sa spirale incontrôlée.

OccupyMontreal, automne 2011.

OccupyMontreal, automne 2011.

Toutefois, dans cette grande tablée internationale, on a remarqué que manquaient quelques membres de la société québécoise et canadienne, moins nombreux que souhaité : les étudiants, ceux qui ont stimulé le printemps érable de l’hiver 2012, les jeunes mobilisés du mouvement OccupyMontreal (ou d’OccupyWallstreet) de l’automne 2011, les plus âgés, floués par la débandade économique de la crise mondiale de 2008-2009; les chômeurs, affectés directement par des coupes constantes dans les programmes sociaux de l’ancien gouvernement canadien conservateur entre 2011 et 2015 et victimes des réformes annoncées du gouvernement libéral actuel au Canada. C’était pourtant un bon temps pour s’indigner davantage ! Surtout avec l’annonce, dès le Jour 1 du forum, du refus des visas canadiens, non-accordés aux invités et visiteurs étrangers (on a parlé de plus de 250 refus…), une douche froide sur cette grande rencontre de nature alternative qui désire plus d’égalité et d’équité entre les peuples et entre les êtres humains.

L'exposition de Claude-P. Nolin au théâtre Ste-catherine.

L’exposition de Claude-P. Nolin au théâtre Ste-Catherine.

La programmation culturelle et artistique s’est comblée de projections de films, d’expositions photographiques, et de sculptures dans divers lieux associés au forum: le centre MAI, le théâtre Ste-Catherine, le hall de la SAT et du Monument National, la scène de la Place du Village, le café Feminista du Cegep du Vieux-Montréal, le hall du Pavillon Hubert-Aquin (UQAM), la Place de la paix, le cabaret du Monument national, la Place Pasteur, la grande place du Complexe Desjardins, autant de lieux pour le plaisir des yeux.

Venues en partie des organisations internationales, ces activités engagées, de danses chorégraphies, de théâtre-forums, de chansonniers faisaient partie de cet  aspect important, libre et universel de toute forme d’expression dans l’espace public,  pour que toutes et tous puissent trouver une place à leur mesure. La musique, le cinéma, les expositions photos, illustraient devant nos yeux des problématiques qui nous semblent parfois lointaines et qui nous rejoignent dans le regard, l’ouïe et le senti.

Un temps en action !

Ainsi, au cours de cette semaine intense, les rencontres se sont succédées, les conversations de bout de table, entre deux portes,  dans les cafés, les corridors, en début ou en fin de marche, au coin de deux ruelles, toutes enthousiastes qu’elles étaient, et où chacun-chacune y trouvait une place personnelle en toute liberté pour exposer -idées, projets futurs, à discuter, organiser avec d’autres groupes du monde, et dans une prise de parole et de gestes personnifiés au cœur de nos vécus ! Les lendemains sont à bâtir, des liens sont à créer pour se reconnaître et agir davantage collectivement face à une destruction massive de nos modes de vie.

Affichage à la Place Pasteur.

Affichage à la Place Pasteur.

Par exemple, le ‘Mur de femmes’, bâti par les femmes militantes qui s’opposent à l’exploration et l’exploitation du pétrole et des gaz de schistes au Québec; leur mur érigé sur la Place Pasteur était visible de loin, d’autant plus dans le contexte de l’assassinat d’une des leurs : Berta Caceres, tuée au Honduras parce que trop militante dans son pays en mars 2016. Une œuvre murale illustrait son visage parmi les femmes. Plus tard, la grande conférence Voix de femmes a porté la suite sur des airs de luttes et de ralliements.

Les jours avançaient trop vite au goût de plusieurs participant-es, le rythme ponctué d’actions subites, instantanées, au style ‘flashmob’, comme celle menée au coin De Maisonneuve et St-Laurent par des citoyen-nes de la coalition « Coule pas chez nous », ou comme le rassemblement pour les travailleurs en grève du Vieux-Port de Montréal et -le salaire à $15 l’heure- au coin De Maisonneuve; ou encore, comme ces caravanes mobiles sur les gaz de schistes de l’Ile d’Anticosti ou du fleuve St-Laurent, ou celle des luttes pour le peuple palestinien, ou encore, celles sur la justice climatique. Autant de temps forts autour desquels se génèrent les alliances entre hommes et femmes de toute génération, entre les individus et les groupes militants. La vie est chargée de ces enjeux dont nous prenons tous conscience.

L’horaire était chargé et rapide ! avec des  centaines d’ateliers par jour, sans compter toutes cette panoplie d’arts visuels et auditifs, parfois manqués, faute de temps. Les forums internationaux sont souvent trop courts !

Les défis, grandioses et exigeants

Quelques pamphlets et dépliants pour le FSM.

Quelques pamphlets et dépliants pour le FSM.

Le défi d’ouvrir l’accès des fsm au Nord était grand, surtout lorsque l’on se compare aux autres forums mondiaux depuis celui de Porto Alegre en 2001. Il y avait aussi celui d’offrir ces occasions multiples et diverses aux plus de 30,000 participants, venus des cinq continents de la planète. Celui de permettre cette prise de paroles qui font de nous des êtres communicatifs. Cela fut possible en grandes conférences, en assemblées de convergence ou dans les centaines de lieux disponibles sur le territoire social du FSM. Des défis colossaux pour un collectif jeune et aux moyens très limités s’adressant à l’univers de la mobilisation altermondialiste ! Heureusement, des militants-es aguerris-es se sont joints à la jeunesse énergique du collectif, car nos liens et nos savoirs entre générations sont essentiels pour notre survie.

Notre conscience s’élargit, d’un grand moment à un autre, et s’ouvre du local à l’international, comme le chemin que j’ai parcouru entre mon 1er forum en 2006 à Caracas et le Sommet des peuples de Rio+20 en juin 2012. Bien sûr, l’on en revient probablement avec trop de pamphlets, trop de dépliants, de livres, de photos, de videos de tels événements, mais l’essentiel des souvenirs en demeureront impérissables !

Des événements au sein de l’événement

Durant la semaine, des événements larges ont aussi mobilisé grandement comme le Forum thématique sur la théologie et libération, le premier Forum sur le nucléaire, le Forum sur les médias libres, les Journées Alternatives, le Revenu de base et la programmation des Nouveaux cahiers du socialisme qui ont attiré des foules convaincues et convaincantes. De belles activités réussies ! où, entre autres, le Forum social des Peuples (d’août 2014 et juin 2015) a invité à une discussion sur son avenir.

Le conseil international en rencontre, 14 août 2017.

Le conseil international en rencontre, 14 août 2016.

Le temps coure, les jours s’envolent à grande vitesse, on ne pourra pas tout voir ! Les deux derniers jours, 14-15 août, ont été en grande partie occupés par les discussions du Conseil international FSM-WSF, à la SAT. Alors que le dimanche était plutôt calme, le lundi fut marqué par des éclats de voix de plusieurs représentants sur, entre autres choses, les positions politiques (et ouvertes) possibles du CI dans les FSM. Sur, aussi, la continuité des forums mondiaux, leur organisation -façon de faire-, et assurer un processus efficace sur le plan de la transformation sociale. Car, certains disent : ‘’Le contexte mondial actuel a de très nombreuses lacunes : en démocratie, sur l’équilibre des richesses, dans les guerres déclarées, dans les finances globalisées, dans l’exploitation de la planète et de ses conséquences’’. Bref, aujourd’hui, les enjeux sont encore énormes au niveau mondial, et donc, les questions souvent posée du quoi faire et comment faire demeurent très actuelles, elles le seront probablement encore dans 10-20 ans.

Et les questions que plusieurs posent à l’issue de cette rencontre : le FSM a-t-il rempli ses promesses, est-il efficace en termes de changements sociaux ? Les prochains forums auront-ils lieu à tous les deux ans, tous les ans ? Le Conseil acceptera-t-il des délégués de la société civile en son sein ? Le Conseil devrait-il prendre davantage de position politique ? Il y a là matière à poursuivre  la réflexion qui ne peut s’arrêter à la seule tenue d’un forum.

La réflexion, à chaud et à froid

C’est donc dans ce contexte que des milliers de personnes se sont déplacées vers Montréal, pour témoigner, discuter, sur les difficultés de chacun dans leur zone respective et sur les solutions à communiquer en guise d’espoir, comme le pense le parrain-fondateur des FSM, Chico Whitaker. Et dans ce contexte également, où des centaines d’autres n’ont pas pu se joindre aux leurs, ici au Québec, faute de visas –à obtenir- et de financements insuffisants.

« Le contexte social, politique et économique ainsi que culturel mondial est on ne peut plus en grande précarité et de moins en moins stable », nous a rappelé Chico Whitaker, lors des discussions des membres au sein du Conseil international les 14 et 15 août : les civils (que nous sommes !) perdent en démocratie, en liberté d’action et en capacité d’influence, les conflits armés entre populations ou entre nations font (encore) des milliers de victimes et de déplacés dans plusieurs contrées en Afrique, au Moyen Orient, en Asie, en Europe de l’Est; les biens communs –terre, air et eau- deviennent inaccessibles ou hors de prix pour des milliers de personnes dans ces mêmes pays; les terres cultivables sont accaparées par les riches gouvernements et des élites multinationales pour leurs propres gains; les conflits d’ordre religieux ou culturels font des fous de nous, par insécurité ou par la crainte des autres, incités par des propos de haine, de discrimination et de harcèlement.

Le gouvernement canadien qui a bloqué l’obtention de visas de séjour à plus de 230 personnes voulant se présenter au Québec pour le forum n’aura pas réussi à empêcher la critique à son endroit. Pourquoi une telle chose dans un pays ‘si démocratique’, du moins, tel qu’on se l’imagine ! La réponse est peut-être dans le pouvoir, justement, ce virus intrusif qui corrompt la gouvernance d’un peuple. Le pouvoir appartient toujours aux dominants, du haut de la pyramide sociale hiérarchique de la gouvernance.

L’agora des initiatives à partir des savoirs de la semaine !

Rencontre d'initiative au parc Jarry, le 13 août.

Rencontre d’initiative au parc Jarry, le 13 août.

Et après six jours intensifs de discussions, sous deux grands chapiteaux de 200 places, les participant-es se sont retrouvés, après 4 jours intensifs vers les actions possibles : les initiatives, qui viendront dans le temps illustrer le dynamisme des citoyen-nes du monde, agissant dans leur communautés, pour les droits de tous, en veillant au bon grain d’une nouvelle humanité. C’est donc un espoir partagé malgré la bruine du jour. Tout près, à l’entrée des tentes, se tenait l’un des projets citoyens montréalais qui prend de l’ampleur: les frigos communautaires, dont des participant-es impliqué-es dans les ‘fridge’ des quartiers centre-sud, Rosemont, Petite Patrie, Parc-Extension, Anjou animaient la distribution d’aliments gratuits pour tous. Une initiative heureuse qui a vu le jour dans la métropole depuis quelques années et qui vise à récupérer des aliments non-vendus afin de prévenir le gaspillage énorme dans notre société.

Les effets secondaires post-forums 

Ils seront nombreux ces effets et pour beaucoup; il y a le positif et le moins rose…Pendant plusieurs semaines, les individus, un peu déboussolés (sic) par ce tourbillon des idées en live, ont eu, par la suite, à se ré-installer dans un certain quotidien qui fut le leur ou qui aura changé. Je me rappelle le temps qu’il m’a fallu au retour de la 3ème rencontre internationale, à Quito en 2005, sur la militarisation de la planète…et de ses conséquences, un moment pour décanter les horreurs des guerres et des conflits où les hommes sont tous atteints…

Les grands objectifs de base ayant été atteints, tous les autres sont devenus caduques, voire sans importance. Les participants[1], pour qui il s’agissait là d’une première expérience de ce type, seront enthousiasmés et comblés d’avoir vu tout ce monde engagé, cette effervescence dans les organisation et dans tous les espaces où les cogitations émergeaient. Ils auront été envahiEs d’émotions nouvelles par les paroles emballées qui deviendront précieuses. Ils sont entrés maintenant dans ‘le vaste monde du changement’, et heureusement, il devient plus vaste qu’avant; ils auront saisi les nouvelles occasions de changer les choses par petits pas, en ayant une perspective du futur plus active qu’actuellement. Un autre effet immédiat aura été le réseautage des personnes et des groupes de toutes origines et provenances vers, c’est un espoir,  un but qui devrait dépasser le grand rassemblement populaire !

Le mur des femmes contre les oléoducs.

Le mur des femmes contre les oléoducs.

Beaucoup auront le souhait dans leur for intérieur de voir des changements dans le monde actuel, prônés par chaque groupe et ses porte-paroles,  et qui iraient dans le sens d’un meilleur équilibre entre les hommes: une vraie justice sociale !  Certains scientifiques et intellectuels contemporains avaient prévu les bouleversements climatiques actuels et en grande partie acceptés aujourd’hui, tandis que d’autres, plus ou trop sceptiques, attendaient la réalité sans trop prêter attention : les grandes entreprises multinationales, les banques, les constructeurs automobiles, les géants de la construction, ceux de la finance et de la bourse, les industries pétrolières et gazières, les spéculateurs de l’immobilier. Elles ont fait fi de l’urgence climat et des conséquences sur la planète et ses habitants. Nous en payons le prix ! Mais, dans une perspective enthousiaste et heureuse par ailleurs, nous avons des personnes telles Naomie Klein, Ricardo Petrella, Widia Larivière, Joseph, Pierre Viveret, Chico Whitaker, Cathy Wong, Michèle Asselin, Manon Barbeau, Alain Deneault, Ricardo Fuentès, Alexandre Warnet et de nombreux autres qui se lèvent et qui nous invitent à entendre le bruit sourd de la planète mourante et des peuples déplacés. Dans une certaine mesure, au Nord, quelques-uns ont des lumières dans les yeux ! Elles sont devenues radiantes lors des 18 grandes conférences sur les thèmes actuels planétaires ( https://fsm2016.org/grandes-conferences/ ).

Un début, un milieu, une fin: la vision

Le projet était dans l’air depuis au moins 5 ans, l’idée s’est par la suite précisée en mars 2013, après le FSM2013 de Tunis. Puis il a prit forme, selon l’idée. Les gens se sont alors regroupés autour de cette idée et ont entreprit un processus collectif d’engagement; des rencontres se sont tenus dans des espaces publics, des salles de collèges, des cours universitaires, des rencontres syndicales dès le printemps 2013. Certains groupes ont mis plus de temps avant de s’investir dans le projet afin de consulter leurs membres.

Les réunions et rencontres se sont succédé au rythme de une ou deux par mois jusqu’à l’été 2015; puis se sont intensifiées à une par semaine, les groupes de travail ont été construits, puis l’équipe de la permanence mise en place dès août 2015, et il y a eu composition du CA de l’OBNL. A partir de ce moment là, les jeux de pouvoir individuels sont apparus. Les commentaires  sur l’auto-construction aussi ! J’y ai adhéré, comme avec les 140 à 200 bénévoles du moment. Les jeunes, les plus âgés, les têtes grises y croient aussi. Les valeurs et les croyances de chacun-e ont probablement servi de ligne guide vers l’agglutination dans une forme collective de travail, justement appelé –le collectif- : celles de participer à un monde meilleur, celle de contribuer par ses talents et expériences au travail partagé, celle d’influencer les autres vers ce changement, et bien d’autres encore, élaborées entre autres dans la charte des valeurs du fsm2016 et suivant la charte des fsm brésiliens de 2001. Mais ceci n’aura pas empêché plusieurs intérêts personnels de pointer, sous le prétexte de ‘remplir la mission fsm’, tout en admettant que l’événement, comme tel, n’est pas un acteur de la société civil…un double discours semant la confusion chez plusieurs.

Les participants (on a parlé de plus de 30 à 35,000 participantEs) au forum incluent aussi les organisations, et elles étaient nombreuses (autour de 1,100). Elles provenaient principalement du Québec, puis en second lieu de l’Amérique du Sud, de l’Afrique, et quelques-unes du Canada, de l’Asie du sud-Est, de la France, de l’Allemagne. Le groupe de travail-programmation a aidé la plupart à comprendre le processus d’inscription d’activités autogérées, la méthodologie et le schéma horaire de la semaine-forum, pour un accès ouvert au plus grand nombre; l’aspect communication a eu ses ratés, et certaines étapes, discutées en collectif de coordination, ont été menées en parallèle, sans consultation et avec une coordination légère avec les facilitateurs du groupe-programmation. Des dates ont été devancées ou reculées, des mécanismes de compréhension informatique et technique ont été transmis avec des délais importants pour nos équipes de travail et ce fut malheureux pour quelques-uns; ceci a eu un effet certain sur les attentes énormes et la qualité de l’organisation. L’expérience bénévole de plus de 800 heures accordées, par un jeune aux études, un chercheur d’emploi, un travailleur à temps partiel, une femme travailleuse en famille fut autrement sous-estimée pour l’organisation du FSM.

Là où le bât a blessé, c’est dans la structure même du processus de l’organisation fsm : là où il devait y avoir horizontalité et leadership partagé, c’est en partie le contraire qui s’est produit. Là où il devait y avoir inclusion et partage du pouvoir, il y a eu des exclusions, pour plusieurs qui ne partageaient pas une idéologie devenue ‘formelle’ au collectif; cela fut constaté lors des absences significatives aux rencontres du collectif et sur le terrain même lors de l’événement fsm. Plusieurs se sont ainsi absentés, mis à l’écart de façon subtile. Plus tard, ils seront heurtéEs de cette façon de procéder, qui semblait se jouer autour du pouvoir et de la reconnaissance d’une autorité tacite. Des groupes et des organisations ont d’ailleurs prit ‘une position critique’ par rapport au FSM2016 et des textes témoignent des aspects litigieux et analysés touchant l’organisation montréalaise, son processus et son impact qui demeureront, autant réalistement qu’idéalement parlant.

La finalité, c’est le but ultime. La vision transcende-t-elle la finalité ?

La vision à long terme, l’inspiration du futur et donc, celle que devraient porter (avoir) les leaders d’organisation (Henri Mintzberg, éd. 2007), c’est la cohérence éthique en l’homme entre la pensée, l’action et le sentiment sous-jacents à la vision. Alors où en sommes-nous au final ? Sans doute à un certain tournant, puisque les fsm, qui avaient modifié son rythme aux deux ans, a repris un rythme annuel entre celui de Tunis en 2015 et Montréal en 2016, accepté par le conseil international issu du Brésil. La perspective, telle que mentionnée au collectif montréalais, était de redynamiser le processus fsm sous l’impulsion de la jeunesse du Nord en lien avec la mouvance de résistance des printemps 2010, 2011, 2012 et 2013. Cette mouvance, depuis 2013, a davantage été stimulée par les syndicats, les groupes Autochtones et les groupes environnementalistes où les leaders sont présents et n’hésitent pas à prendre justement le ‘lead’ essentiel à l’action collective; que l’on pense seulement aux présences publiques et médiatiques des Patrick Bonin, Steven Guilbaut, Lucie Pagé, Mélissa Mollen-Dupuis, Ricardo Petrella, Naomie Klein, Joseph…, et combien d’autres qui s’alignent ouvertement en tenant l’étendard d’un agir en toute liberté et de la défense essentielle des droits humains ! Notre leadership en ce sens a eu ses défauts, car incapable de prendre position sur des enjeux précis (seulement dans la globalité du processus fsm)…Changer le monde ? Peut-être…mais c’est d’abord changer (ou stimuler) l’humain qu’il importe de faire. Le vrai leadership n’a que faire des dénigrements de ses semblables. La lutte pour un autre monde est-elle à ce point virtuelle que d’aucuns se targuent d’en être  ‘le leader’? Naomie Klein et d’autres (David Suzuki, Hubert Reeves, etc.)  nous invitent plutôt à passer outre nos ‘champs d’action’ respectifs et à s’allier rapidement aux mouvements existants pour créer cette force, la seule capable de faire fléchir les gouvernements, les institutions transnationales, les compagnies financières face à la croissance sans fin et la course aux profits. Elle était présente en 2014 au FSP d’Ottawa et était ici aussi avec un message très pointu.

Après le fsm montréalais…

Ralph Nader disait, par ses trois ‘S’- à savoir : ‘S’indigner, S’informer et S’impliquer’-, qu’ils sont à la base d’une démarche d’action.  Nul doute qu’avec toute la fraîcheur des nouveaux participants et des nouvelles idées émises ici et ailleurs, la conscientisation des solidarités et le sens du devenir de l’homme prendront un nouveau sens, et où chaque acteur aura sa place dans l’action qui sera efficace pour les autres hommes, pour les peuples et pour la planète.

 

Video du CRID (France)

Site de PISTE-A la chaine

site du FSM2016

Blogue de A Babord(Québec)

 

 

Une PLANÈTE EN PÉRIL, une HUMANITÉ EN DANGER, une VIE EN SURVIE !

Intervenant communautaire

Membre du collectif FSM2016 de Montréal

 

[1] Ici, la forme masculine est utilisée dans l’unique but d’en alléguer le texte et veut inclure les personnes des deux sexes et des autres identités perçues pour chacune et chacun.

 

* Liens web: video du CRID (de France):

Journal d’un québécois au Cupula dos povos de Rio+20

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Un sommet de citoyens-nes dignes !

La fatigue me quitte, je peux donc mettre quelques mots sur l’expérience vécue à Rio de Janeiro lors du Sommet des Peuples, l’évènement qui a précédé la grande conférence des pays de l’ONU sur l’environnement, la nouvelle économie verte et le développement durable.

Le «Brésil est très grand, nous le comparons facilement avec l’étendue du Canada, Rio est une grande ville L'entrée à Ouro Preto donne sur le centre-villeaussi avec ses 6 millions d’habitants, qui parlent vite…le portugais. Heureusement une bonne base d’espagnol et quelques cours avant le départ m’ont aidé à me faire comprendre dans un portugnol local. Je suis arrivé pour quelques jours de vacances avant le 15 juin, jour d’ouverture du Sommet. Un train de nuit m’a mené de Rio à Ouro Preto, à 450 kms, dans le Minas Gerais, l’état de l’exploration et de la production coloniale de minéraux précieux et non les moindres: agathe, améthyste, quartz, émeraude, fer, cuivre, alguemarine, topaz. La ville est en montagne, et l’air y est bon. Les jeunes sont nombreux, il y en a partout, c’est fabuleux, comparé au Québec vieillissant. L’éducation y est gratuite et obligatoire jusque l’âge de 16 ans. Les gens sont d’une grande gentillesse et très accueillants envers nous, que ce soit en portugais, en espagnol ou dans un beau mélange pas toujours compréhensible !

À l’université, fédérale, une grande partie des étudiants sont en grève, et on en entendra parler davantage à Rio lors des rencontres qui ont eu lieu devant l’hotel du PM Charest, en visite à Rio pour le Plan Nord, j’y reviendrai !

Après quelques visites dans les environs, dans un parc sauvage et dans les minces ruelles de cette ville scolaire et qui semble somme toute plutôt riche, je rentrerai de nuit, par autobus encore, sur 7 heures de trajet ! Inutile de dire que nous arriverons très en forme le lendemain !

Le vendredi 15 juin, la ville de Rio est fébrile, le Sommet des Peuples s’organise dans l’ Aterro de Flamengo, pour accueillir quelques milliers de participants; c’est du moins ce qui est dans l’air. Et ce ne sera pas démenti ! Au fil des jours de la semaine, les ateliers se sont succédés, plus de 850 à ce qui est dit, des activités de plénières et 3 grandes assemblées des peuples qui sont des moments uniques. Les québécois-es sont environ 200 ici, alors que nous sommes entourés de brésiliens, de personnes autochtones, d’espagnols des autres pays de l’Amérique du sud: Équateur, Colombie, Bolivie, Paraguayens, Uruguayens; des européens, en vacances ou venus pour les circonstances, mais peu des Etats-Unis et du Canada anglais.  Le soutien à la Terre... Où sont-ils, les canadiens de mon pays ? Ne sont-ils pas préoccupés comme beaucoup par le sort réservée à notre type d’économie et à ses effets sur la planète ?

–>Cette Terre, soutenue par quelques personnes qui doivent se relayer continuellement pour qu’elle ne tombe pas! Sans faute !

Les gens savent bien que nous consommons trop et que la nouvelle économie proposée par les 193 pays membres de l’ONU présents dans le secteur de Rio Centro (à 40 kms du centre de la ville de Rio) ne tient pas compte des peurs et des effets de ce développement qui n’a rien de durable. Et c’est en se promenant dans cet espace, aménagé de façon à permettre à tout un chacun d’exprimer autant ses talents, que ses craintes pour les générations à venir et pour l’environnement. Équiterre, le groupe d’Économie solidaire du Québec, les personnes autochtones de la FAQ, l’AQOCI, l’Association de lutte à la pollution atmosphérique, le Centre québécois de développement durable, UNI-Alter, les jeunes des YMCA, Alternatives, et j’en passe, sont tous là pour lancer le cri d’alarme: « Hé ! Alerta, alerta « ; qui l’entendra ?

Au parc de Flamengo, les sons et les paroles sont très différents de ceux de Rio Centro où les discussions semblent sourdes aux échos des peuples. Qu’à cela ne tienne, nous irons faire nous-mêmes nos messages, au moins devant notre premier ministre, à Copacabana. Mais d’abord, nous tiendrons un atelier auto-organisé le 18 juin sur ‘Les autochtones et les effets de l’industrie extractive, le cas du Plan Nord’ en après-midi. Quelle journée ! C’est devant plus de 90 personnes que les présentations se sont déroulées, ainsi qu’une activité de synthèse sur ce dont les personnes veulent que l’on tienne compte dans le développement et ce qu’il faut éviter. Le matin, plusieurs québécois-es étaient devant l’hôtel de monsieur Charest pour souligner un désaccord complet avec la position de promotion du plan Nord comme un ‘projet de développement durable’. Pour plusieurs, l’expérience était…intéressante; pour les autres, un compte-rendu était suffisant. Beaucoup seront déçus de cette rencontre internationale 20 ans après le sommet de la terre de Rio en 1992, date à laquelle, les scientifiques du monde entier parlaient de la perte de la bio-diversité qui s’amorçait. Les journaux locaux en font état (www.oglobo.org) et chez nous, au Québec, les communiqués de presse vont dénoncer les positions autant québécoises que canadiennes (Le Devoir des 15, 18, 20, 23 juin; et La Presse dans la même semaine).

Les ateliers couvrent tous les sujets qui sont les lèvres des habitants-es terriens-nes du monde, la souveraineté alimentaire, plus actuelle que jamais, les effets des industries minières, gazières, pétrolières et diamantaires, plus dévastateurs que jamais, les injustices sociales vis-à-vis des manifestations dénonciatrices, criminalisées comme toujours il faut le dire, et l’hégémonie encore toute puissante des entreprises multinationales et des institutions financières, avec le support des chefs d’état de ce monde. L’économie telle qu’on la connaît est sans limite.

Graph à Rio, juin 2012.

D’où l’importance de crier haut, fort et nombreux la position citoyenne du ‘Jà Basta! Assez, c’est assez !’ Si déjà de nombreux témoignages de maladies, d’infections et de troubles physiologiques divers ont été diffusés face aux effets d’un développement effréné (dixit Ricardo Petrella, Hervé Kempf, Serge Mongeau), cela ne semble pas assez pour les élus et leurs sbires nationaux  qui ont des amis fortunés. Mais que restera-t-il aux peuples des îles, aux petits marchands de sable et de semences, aux esprits non-consommateurs, aux artistes plus pauvres que Job, pour leur ‘bien vivir y buen estar‘.

Parmi les moments forts de mon périple, les grandes assemblées, les trois, des mercredi-jeudi-vendredi PM, là où sont concentrées les paroles de.  la semaine, là où la convergence et les idées naissent pour un futur plus juste pour tous.  Et c’est là aussi que les participant-es québécois-es ont crié le plus fort ! à l’assemblée du vendredi midi, après une marche aux casseroles sur le sentier des arts du sommet des peuples. nous nous sommes lancés vers la place centrale, près de la scène principale où les paroles fusaient contre l’exploitation. Accompagnés d’étudiants brésiliens-nes, nous étions une cinquantaine à traverser la grand place pour arriver au moment M, devant la foule du terre-plein, qui a vu en direct sur les écrans géants, la couleur du drapeau du Québec…et des carrés…rouges ! Devant la grand place de la 3e assemblée, vendredi, 22 juin 2012. Merveilleux !

Au début, l’ idée folle de traverser le centre de l’assemblée semblait téméraire, mais après quelques consultations, elle devenait un geste militant et solidaire, d’abord pour les brésiliens avec qui nous sentons des affinités qui ne datent pas d’hier. Et aussi pour les étudiants universitaires du Brésil qui entreprennent un mouvement nouveau au Brésil. D’ailleurs ceux-ci avaient accompagnés les québécois la veille au rendez-vous symbolique du lieu où le premier ministre recevait pour une deuxième fois les membres de la société civile québécoise. Contrairement aux aspects de la sécurité civile, de l’économie des biens et services, les injustices n’ont pas de frontières  ! L’assemblée du 21 juin clamait  »Tomorrow, it’s going to be too late »,  »Nao a lo quem econimia, united people not to be ignored ». Ces mots résonnent depuis 5 jours ici sur le site, mais bien avant, ils étaient de nombreuses bouches, car la marchandisation des biens communs de la planète n’a pas attendu la conférence des grands du monde pour s’étendre.  La 3è et grande assemblée clamait tout aussi fort; ‘‘For some rural and urban property; against green economy, against the effect of climate changes; for greater meetings of people before a desaster !’‘, comme quoi le monde, même dans cette rencontre internationale un peu festive, n’a pas le coeur à rire.

Les québécois se sont fait un devoir de répliquer à la conférence de Rio, tenue plus loin, en publiant 4 communiqués de presse qu’ils ont fait parvenir à Montréal et dans les réseaux sociaux de chacun-chacune. Comme une traînée de poudre, la société civile a fait son chemin du sud au nord et en ce sens, la convergence des idées et des peuples est plus qu’internationale, elle est transnationale; une bonne nouvelle pour les mouvements de citoyens du monde ! Et ce contexte de conférence politique à proximité, particulier et unique pour nous, a contribué aux expressions populaires des participants au sommet. En effet, comment ne pas réagir à une présence indésirable de nos politiciens qui ont la bouche un peu sèche de répéter la même cassette sur une scène où se jouent tant de drames humains. À voir les jeunes d’aujourd’hui dans la rue, ici et ailleurs, les hommes, femmes de ce monde n’ont pas dit leurs derniers mots !

Les organisations locales environnementalistes et de justice sociale, en très grand nombre pour ce moment Sommet de la Terre (comme en 1972 et en 1992) demeurent quand même sceptiques sur la suite de la rencontre des pays.  Surtout que depuis plus de 30 ans, les alarmes sonnent partout sur les déséquilibres climatiques qui affectent des régions entières: ouragans nombreux, tremblements de terre, cyclones, sécheresses, inondations, disparition des espèces dans les eaux, et sur la terre, bref, les effets de ces changements, dus aux activités humaines de grande envergure commencent à être plus nombreux et plus intenses (PNUD, IBON, GRAP, GIREC, etc). Il aura fallu 40 ans et la commission Bruntland pour introduire le concept de développement durable, il en faudra sans doute autant pour apprendre à l’appliquer. Les générations à venir auront fort à faire pour maintenir leur survie sans tomber dans le piège de l’égoïsme du chacun pour soi ! De retour chez moi, j’hésite à dépenser…je vais prendre soin de mes plantes qui ont souffert un peu de mon absence, un peu de balconville me fera du bien.

Até logo Rio e los povos bresileiros e do mundo ! Obrigado por todo !