L’ordre des choses change.

Par défaut

On assume souvent que l’ordre des choses est établi. Qu’une fois bien réglé, et de plus quand on y participe pleinement, cet ordre sera repéré, observé, et éventuellement transmis. Peut-être,  car c’est de la sorte que fonctionnent les hommes dans un monde en continuelle mutation. Ces mutations sont parfois microscopiques, elles émergent dans les espaces non-règlementés, tels les mouvements sociaux qui auront diverses influences, comme les ondes provoquées par une goutte d’eau dans la flaque.

La mondialisation a ses effets très réels sur les êtres humains: resserrement et/ou laxisme de nouvelles règles économiques et commerciales, règles de comportement et d’attitude en public ensuite, règles institutant de nouvelles idéologies de type morales et pseudo-éthiques dictant les bonnes postures. L’homme n’en est pas à une contradiction près.

1550-avant St-Laurent

Les grands maîtres ne sont pas ceux au grand charisme mais ceux aux grands pouvoirs pécuniers, et ils aiment les hauteurs. Ils siègent dans les tours d’ivoire de plusieurs étages où oeuvrent les sous-fiffres cléricaux.

 

Mais les temps changent. Le balancier de la finance est en déséquilibre et se promène de droite à gauche selon les pierres ajoutées dans les coupoles de cuivre. Tous regardent l’opération des budgets établis par la hiérarchie élitiste, et se regroupent selon des valeurs qu’ils ne convient pas d’oublier (ou de se rappeler). Les sociétés se transforment au fur et à mesure des mouvements qui la traversent, des cris populaires ou des conflits politiques, ici au Québec, et ailleurs, en Tunisie, en Égypte, en Équateur. L’ordre établi ne l’est plus.-

Des milliers d’abeilles contre Goliath-

Par défaut

Cette semaine, dans le cadre des Journées québécoises de la Solidarité internationale (2012) de l’AQOCI, une personne toute simple est venue du Brésil donner sa vision du présent et de l’avenir quant à la coopération internationale et le contexte de la mondialisation. Francisco  »Chico » Whitaker nous a une fois de plus imprégnés de ses bons mots. Enfin, entendons-nous, sa vision du monde actuel n’est pas rose. Disons qu’elle se situe entre le rose bonbon et le noir d’encre, avec des nuance de gris de Payne. Il faut remonter loin pour comprendre l’empreinte du capitalisme moderne sur les échanges relationnels entre les hommes; les guerres, les catastrophes naturelles, les conflits armés, les minerais, le pétrole, autant d’occasion de s’enrechir:  »de vendre quelque chose plus que ce qu’il ne vaut, afin de faire son pécule (…) » de dire Chico Whitaker. Cela n’a peut-être pas été de tout temps, mais aujourd’hui la consommation, et il insiste, est bien intégrée dans nos modes de vie; j’ajouterais ‘et contagieuse’.

lors du IIIè Forum social des Amériques, octobre 2008.

En poursuivant et pour bien saisir la différence entre ceux qui s’accaparent sans limites et ceux qui font ‘des ulcères’ parce qu’ils ne mangent pas assez, il nous image la suite:  »Nous sommes déjà des milliers d’abeilles qui agaçont Goliath, le monstre aux mille têtes, soyons plus nombreux, et maintenons l’agacement… »

A son arrivée sur Montréal, Chico exhibe quelques flyers récupérés sur la rue (probablement) et qui montrent ces abeilles à l’oeuvre: manif d’Occupy, rassemblement citoyen de quartier, mobilisation des étudiants.  »Ceci est l’oeuvre (agaçante !) des abeilles, et c’est très bien ».   Le capitalisme se porte encore assez bien, mais le travail acharné des ‘petits’ demeure un impératif contre le géant. Il ajoute que nous devrons être plus nombreux et agir davantage ensemble, ce que certaines actions ont déjà montré, ici et ailleurs.

Le lien avec la coopération internationale n’était pas évident, sinon que le vrai changement provient de chacun de nous et de nos désirs de changement, de refus, de revendication et de solidarité. Ses 82 ans de vie ont parlé. Il pourra  revenir quand il voudra !

*Réf: WHITAKER, Chico.-Changer le monde. (nouveau) Mode d’emploi. Traduction des éditions de l’atelier. Paris, 2006.

15 octobre

Par défaut

Octobre 2012 : que reste-t-il de Occupy Montreal? (15/10/12)
Au 15 octobre 2011 et à l’appel de citoyens sur les réseaux sociaux, des gens se sont rassemblés à la Place Victoria, devant la statue de la reine du même nom. Le mouvement Occupons Montréal débutait en occupant cette place, devenue le symbole d’une résistance populaire sans précédent, ici au Québec, et aussi dans le monde. Le contexte s’y prêtait justement, car aux États-Unis le mouvement Occupy Wallstreet était déjà bien enclenché depuis la mi-septembre dans le Zuccotti Park, au centre du quartier des affaires de Wall Street à New-York. Là-bas, les citoyens rassemblés pour une cause et de nombreuses raisons prirent place dans l’intention d’une part, de porter des messages haut et fort et d’autre part, de montrer ‘’la profonde division sociale créée par l’argent et ceux qui en possèdent’’. Ils ont vécu plusieurs problèmes aussi. Non-tolérés, encadrés par les policiers qui au fil des jours ont procédé à de nombreuses arrestations, sur le pont de Brooklyn, près du parc, dans les allées latérales près de Liberty Plaza. Les témoignages livrés dans Occupy Wallstreet (Éd. Verso, 2011, et des Arènes, 2012) décrivent bien les diverses motivations et raisons de ce déploiement, certes tout azimut, mais ancrées dans la solidarité et la dénonciation publique. Car, c’est dans un bain de foule que l’on rencontre tout de même le plus de gens à qui l’on peut demander pourquoi ils sont là ! Parce qu’ils cherchent désespérément un emploi (ou ne cherchent plus), parce qu’avec les diplômes obtenus viennent les dettes, parce qu’ils doivent bosser sur trois emplois pour arriver à boucler un budget, par que des enfants ne sont pas nourris malgré la croissance du pays, parce qu’à l’avenir ils paieront plus cher les biens et services disponibles et bien d’autres choses encore. Les témoignages états-uniens et montréalais en font foi ! Cela s’est passé aussi à Oakland, à Philadelphie, à Los Angeles, à Atlanta, à Boston, à Washington, dans des climats parfois difficiles et épuisants.
À Montréal, c’est ce même portrait que j’ai trouvé à la Place Victoria en octobre 2011, qui d’ailleurs, était située au cœur de plusieurs édifices commerciaux et financiers, symboles des grandes puissances de notre monde ‘en pleine croissance’: la tour de la Bourse, le Centre commercial international, Quebecor médias, Hydro-Québec, la tour de la BNC.

Ici au Québec, quelques rappels de mobilisation ont circulé dans les réseaux sociaux et de la part de militants encore actifs sur la scène des revendications sociales à Montréal et à Québec. Il faut être connecté pour les suivre. À l’été 2012, deux bouquins sont publiés sur les événements du mouvement de 2011, comme pour figer les paroles, les gestes et les motifs revendicateurs dans des écrits disponibles pour tous. Un exercice de mémoire pour l’émancipation collective. Ils nous rappellent des vécus individuels marquants, des faits troublants : étudiants sur-endettés, chômeurs très inscrits, familles immigrantes sans travail et sans revenus, pères de famille ruinés par la crise économique de 2008-2010. Des situations pour lesquelles on peut qu’écouter. C’est ce qui manque dans notre entourage, dans les bureaux, dans les chaumières qui roulent à un rythme trop rapide; écouter, réagir, ajuster ne sont pas dans l’agenda des finances et ceci a des conséquences que l’on connaît tous. Et c’est justement aussi ce qui a généré la prise de conscience sous le thème ‘’ Nous sommes le 99%’’, en lien direct avec le même impératif qu’aux États-Unis. Conscients qu’ils sont, d’être floués dans plus d’une partie de leur vie, les citoyens ont prit possession des anciennes arénas romaines et grecques pour exprimer leur trop plein de désarroi et de souffrance : les parcs ! Les témoignages citoyens sur Occupy Atlanta, Occupy Oakland, Occupy Los Angeles, Occupy Washington et autres décrivent chaque contexte particulier, dans la continuité des luttes populaires américaines (Howard Zinn) qui ont marqué l’histoire des États-Unis, comme Occupy Montreal, Occupy Quebec marqueront l’histoire des luttes québécoises.
L’occupation montréalaise de 2011 aura duré 6 semaines, du 15 octobre jusqu’au 29 novembre 2011, après moult marches, assemblées publiques et déclarations verbales consensuelles ou non; mais le campement de fortune du metro Victoria n’a pas pu durer à cause des revirements de la municipalité. Toutefois, les idées des uns ont croisé celles des autres à la veille du dépôt du budget provincial en février 2012 et par la suite, les événements s’enchainèrent : une hausse du ton citoyen contre les nouveaux frais de scolarité en février 2012, puis contre la promulgation de la Loi 78 en mai, contre les arrestations tactiques des policiers, ce à quoi donc, se sont ajoutés le tintamarre des casseroles en mai, les foules grandissantes (de 120,000 personnes en mars jusqu’à 250,000 le 22 avril) et enfin, des élections générales en septembre. L’agenda politique s’est trouvé confronté à l’agenda populaire, ce qui n’était pas prévu au calendrier de l’état québécois !
Et depuis ? Vu de l’intérieur, il y a eu les gains décrits plus haut; vu de l’extérieur, une plus grande conscience de la liberté bafouée, des chaînes que l’argent et le crédit mettent aux pieds de chacun, comme aux États-Unis où les dettes personnelles de plusieurs étudiants/chômeurs-manifestants étaient de l’ordre de $50,000 à $130,000 et plus. Se faire une vie avec ce type de bagages ne fait pas partie des rêves de chacun.

Durant tout ce grand mouvement, les citoyen-nes auront réfléchi sur la liberté, ou son absence. Ils ont re-mis de l’avant le pouvoir d’agir citoyen et de manifester librement, dans les espaces publics, même sous le regard des policiers et des élus qui regardent de haut les occupants; car pour de nombreux penseurs-militants-citoyens de cette dynamique, nous avons troqué notre liberté, en participant sans restriction aux diktats de la société telle que vendue aux hommes et ce, autant pour celle de Zuccotti Park que du Square Victoria. La liberté est à reprendre et à exercer ouvertement et publiquement. La manifestation d’aujourd’hui à la place Victoria, 15 octobre 2012, a réuni une centaine de personnes, mais elle s’est terminée par trois arrestations suite à des actes de violence. Dans les campements états-uniens, les discussions sur la non-violence furent nombreuses et elles n’ont pas toutes eu l’écho espéré dans les occupations, faute de consensus entre les diverses positions des occupants. Pour certains, le but visé des occupations a été atteints, pour d’autres, pas tout à fait. Car il y a encore beaucoup à faire pour changer le monde et le transformer dans ses racines profondes. Lutter pour la justice sociale de celles et ceux qui ont un poids plus gros sur les épaules est un travail de solidarité sans fin et de longue haleine. –H-C. Baudot